Véganisme abolitionniste

Dissonance cognitive

Ah, la dissonance cognitive! Nous en sommes tous plus ou moins touchés. Mais il y en a de beaux exemples parmi les carnistes. Je suis, ou plutôt j’étais, inscrit à la newsletter d’un site de santé que je ne nommerais pas. Je voulais me désinscrire depuis longtemps à cause de la répétition des mêmes informations, mais là, ça a été la goutte qui a fait déborder le vase. D’abord, on apprend que nous nous faisons berner par l’industrie agro-alimentaire, que nous bouffons de la merde, mais qu’il existe une bande d’irréductibles qui font tout mieux et qui respectent la nature etc. Jusque-là, difficile de ne pas être d’accord, mais quand je lis ça: « Aimer les animaux, et malgré cela les tuer, voilà quelque chose de possible aux yeux de cet éleveur. On peut bien sûr avoir une vision différente de la sienne, mais je crois qu’on retrouve là la vision de l’écologie véritable, celle qui ne dresse aucune barrière idéologique et touche le cœur de tous les hommes. Aimer les animaux, aimer la terre, aimer la nature et la vie. Aimer et respecter cette terre qui nous nourrit, voilà ce qui compte vraiment. Quelle belle mission, quelle immense mission que celle de l’agriculteur ! », je me pose des questions sur la santé mentale de celui qui rédige ce genre de phrases.

Comment, sans sourcier, en indiquant toutefois que l’on peut ne pas être d’accord (ouf!), écrire que l’on peut aimer et tuer à la fois? Je sais bien que la vision des monothéismes a profondément marqué nos esprits avec Abraham qui sacrifie presque son fils parce que Dieu le lui demande etc., mais quand même, il ne faut pas exagérer. L’amour et la mort, Eros et Thanatos…le cliché archaïque de la condition humaine, de la condition de toute vie est décidément indécrottable. Le préjugé de la cruauté nécessaire abordé dans un de mes articles est doublé en ce que cette cruauté n’est perpétrée que par amour: la vie est cruelle, donc, si tu aimes la vie, tu dois être cruel!

Un autre exemple de ce genre de sophistique: celle d’Alain Finkielkraut. Comme l’écrit Aymeric Caron à son propos, « Alain Finkielkraut dit défendre les animaux en se déclarant hostile à ce qu’on cesse de les tuer. Avec des amis comme ceux-là, les bêtes n’ont pas besoin d’ennemis. » Qu’est-ce qui nous fait proférer de telles âneries en croyant en même temps être très subtils? Je ne suis décidément pas assez subtil pour comprendre ce mystère.

Ne nous leurrons pas, la dissonance cognitive est même inscrite dans les textes de lois censés protéger les animaux. Exemple de la loi luxembourgeoise du 27 juin 2018 sur la protection des animaux:

« La présente loi a pour objectif d’assurer la dignité, la protection de la vie, la sécurité et le bien-être des animaux. Il est interdit à quiconque sans nécessité de tuer ou de faire tuer un animal, de lui causer ou de lui faire causer des douleurs, des souffrances, des angoisses, des dommages ou des lésions. Tout animal souffrant, blessé ou en danger doit être secouru dans la mesure du possible. »

Mais toutes ces personnes bien pensantes qui rédigent et discutent lês lois songent-elles un insant au fait que consommer des produits animaux n’est nullement nécessaire et que l’élevage devrait tout simplement être aboli pour éviter toute souffrance etc.? Non, malheureusement.

Résumons: aimer les animaux, c’est les tuer, même si ce n’est pas nécessaire…et si vous ne comprenez pas, c’est parce que vous êtes un extrémiste végane.