Véganisme abolitionniste

Un autre paradigme

Ceux qui ont quelques notions d’épistémologie savent ce qu’est un « paradigme » selon Thomas Kuhn. Grosso modo, un paradigme est une théorie qui façonne notre manière de voir les choses. En sciences, un paradigme est une théorie qui tient la route aussi longtemps qu’un seul exemple ou résultat d’observation ne vienne contredire les prévisions de cette théorie. Un exemple fameux est la théorie de la relativité générale d’Einstein qui a remplacé la théorie de la loi d’attraction universelle de Newton mise à mal par des observations du mouvement de la planète Mercure.

Un autre exemple encore plus connu est celui de l’héliocentrisme qui a remplacé le géocentrisme parce qu’il est plus exact pour décrire le mouvement des planètes. Et aucune théorie n’a le dernier mot puisqu’elles ont remplacées, voire affinées au cours des temps pour mieux expliquer les phénomènes qui nous entourent.

C’est ainsi que je conçois le véganisme et son biocentrisme: il s’agit tout simplement d’un nouveau paradigme qui remplace celui du carnisme anthropocentrique. Il ne s’agit pas, à proprement parler, d’un paradigme scientifique, mais plutôt d’un paradigme éthique. Au même titre que l’humanisme est venu à bout d’horreurs telles que l’esclavagisme et le racisme ou même le sexisme, le véganisme et l’antispécisme qui l’implique viendront à bout des horreurs impliquées par un humanisme anthropocentré et carniste. Car il ne s’agit plus seulement de respecter que l’homme, mais la vie sous toutes ses formes: animaux humains et non-humains, mais également plantes etc. (voir mon article sur le cri de la carotte).

Je vous rassure tout de suite, ce n’est pas une question d’intelligence, ni de conscience seulement. Changer de paradigme, c’est changer de lunettes parce que la paire que l’on utilisait avant ne convient plus car elle faisait percevoir les choses de manière contradictoires pour induire une dissonance cognitive ou une schizophrénie morale. Ou pour le dire autrement encore, il siffit de regarder le monde par l’autre bout de la lorgnette…

Ce n’est donc pas difficile de comprendre la philosophie végane, mais devenir végane nécessite du courage. On ne met pas les véganes sur un bûcher mais, le moins que l’on puisse dire, c’est que leur vie n’est pas facilitée, ne serait-ce que pour trouver un seul plat sans produits animaux dans un restaurant normal. Et puis, des carnistes, très intelligents par ailleurs, publient régulièrement des articles de mauvaise foi et bourrés de sophismes contre les véganes. Comment diable donc, quand on a une haute opinion de soi-même, accepter que l’on s’est trompé pendant la majeure partie de sa vie. Comment en parler avec la famille, les amis qui restent des carnistes convaincus. C’est pourquoi beaucoup perdurent dans le déni, dans la mauvaise foi, et plutôt que d’avouer une supposée faiblesse, perdurent dans l’exploitation et le carnage des vraiment faibles.

Je ne sais pas si c’est Kuhn lui-même qui a dit qu’il faut, pour qu’un nouveau paradigme scientifique perce, une nouvelle génération de chercheurs, et que les anciens meurent. Dans le cas de paradigmes éthiques, il semblerait bien que cela mette plus de temps de faire sauter le verrouillage socio-cognitif. Cela se confirme malheureusement par mes observations dans mon propre entourage: les jeunes renconcent plus facilement à leurs anciennes lunettes que les vieux, mais les vieux veillent à ce que les choses ne changent pas et à ce que le verrou reste bien cadenassé.

Mais alors que faire? Les enfants et les jeunes ont en règle générale une sensibilité moins figée sur une perspective, ou moins ancrée dans la doxa, même s’ils s’y réfèrent constamment puisqu’ils cherchent des repères. Ils ne leur faut pas grand-chose pour réaliser l’absurdité d’une situation, les contradictions inhérentes au carnisme. Les « vieux », c’est une autre paire de manches, et je crois que le seul moyen de venir à bout de ce qu’il faut bien appeler leur psychorigidité, quand l’intuition et la sensibilité ne suffisent plus, c’est la culture. Malheureusement, ces personnes ne lisent rien de ce qui concerne le véganisme, ne connaissent que les mêmes critiques fallacieuses mille fois réfutées, et ne lisent jamais un seul ouvrage de végane sur le véganisme. Certains le font peut-être, mais sans jamais mettre de côté leurs préjugés et sans être honnêtes avec eux-mêmes. La peur est trop grande.

Quelques exemples de lecture:

Le Que sais-je? sur le véganisme

L’introduction au carnisme de Melanie Joy

Le Petit traité du véganisme de Gary Francione et Anna Charlton

Pour les puristes: oui, il est toujours mieux de lire dans la version originale, mais les traductions sont bonnes. Je pourrais en citer d’autres chacun plus intéressant que l’autre, mais c’est déjà une bonne base de discussion.

Pour les insolents qui ont déjà fait un pas de côté: http://www.insolente-veggie.com

En attendant que le paradigme végane ne se généralise, plus de 60 milliards d’animaux terrestres sont exterminés chaque année dans les abattoirs. Plus de 1000 milliards d’animaux aquatiques sont massacrés…pour notre petit plaisir anthropocentrique, égocentrique, tellement relatif…et rien d’autre.